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Un Québécois d’origine acadienne en Chine

Un Québécois d’origine acadienne en Chine

A l’occasion de la fête du Québec, qui a lieu ce vendredi 23 juin à Shanghai (le 24 juin à Pékin), notre deuxième invité est le Québécois Mathieu Cormier, 35 ans, depuis 5 ans à Shanghai et actuellement vice-président d’une société québécoise de services

En Chine on m’appelle Gao Ming, mais dans mon village natale d’Havre-Saint-Pierre situé sur la Côte-Nord au Québec, on me reconnait sous l’appellation du  «flo à Denise, à Ti-D’œuf, à Bagueur, à Michoune, à Nazaire». Il y a tellement de Mathieu Cormier dans mon village qu’on nomme ses ancêtres pour s’identifier. La raison est simple, je suis d’origine acadienne.

Mes ancêtres ont quitté la région de Poitoux en France en 1647 afin de s’établir en Nouvelle-France (au Canada), dans une région qui s’appelle aujourd’hui la Nouvelle-Ecosse. En 1755, les Britanniques ont envahi cette région et ont déporté toutes les populations françaises hors du territoire, les Acadiens. Certains ont quitté pour la Louisiane aux Etats-Unis.  Mes ancêtres eux, ont choisi les Iles Saint-Pierre et Miquelon, Territoire français d’outremer situé dans le Golfe du Saint-Laurent. Ils ont par la suite quitté pour le Québec, aux Iles de la Madeleine, pour finalement s’établir en 1867 dans mon village natale, situé sur les plages de sable doré du Golf du St-Laurent et au porte des merveilles du Parc National de l’archipel de Mingan, Havre-Saint-Pierre.

Auparavant appelé Pointe-aux-Eskimos, Havre-Saint Pierre a été nommé en honneur du protecteur des pêcheurs, Saint Pierre, ce qui cadrait bien pour définir le nom de mon petit village de marins qui vivaient au gré des saisons de la pêche à la morue.

La lettre ‘R’

Depuis maintenant plus de 250 ans, mes ancêtres ont adopté un langage «politique». En guise de contestation populaire contre le «R»oi et la «R»eine de France qui avaient dédaigner  venir en aide à ses sujets lors de la Grande déportation des francophones en 1755, les Acadiens ont refusés de prononcer dans leur vocabulaire la lettre ‘R’. Ainsi le mot merci se prononce «mecsi». Ils ont cependant su préserver leur langue française, son histoire, sa culture et son peuple. Encore aujourd’hui, cet accent mystique s’entend dans mon petit village acadien de pêcheurs, situé à 1500 km au nord-est de Montréal, et j’en suis fier !

Mon ouverture sur le monde et ma rencontre avec la Chine

J’ai quitté mon village de 3500 habitants pour m’ouvrir sur le monde à 16 ans. Parti pour la grande ville afin de découvrir le monde, j’habite maintenant Shanghai depuis 5 ans avec mon fils de 6 ans. Tout un contraste avec mes origines !

C’est en 2002, lors d’un séjour de 3 mois en Indonésie que j’ai découvert l’Asie. Mon vol d’escale transitait à Hong Kong, qui venait tout juste d’être rétrocédé à la Chine. Cela coïncidait aussi avec l’entrée de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) de la Chine en 2001. J’étais émerveillé par la culture chinoise, ses gens, sa cuisine, son histoire et son gout du développement. Suite à ce séjour, j’ai réorienté mes études vers la Chine et l’international.

De Tianjin, au Bureau du Québec à Shanghai

J’ai fait mon premier vrai séjour en Chine en 2007 à l’occasion d’une session d’études à l’université de Nankai à Tianjin, afin d’apprendre les rudiments de cette langue complexe qu’est le mandarin. C’est à ce moment-là que j’ai découvert que je n’allais jamais vraiment devenir un maitre de la langue chinoise, de par sa complexité. Cela ne m’a pas empêché de tombé en amour avec la Chine et d’y rencontrer Julie, qui allait devenir la mère de notre fils, un fils de Nankai comme je m’amuse à l’appeler, Antoine.

A la suite de mes études internationales à l’Université Laval et une Maitrise à l’Ecole nationale d’administration publique du Québec, j’ai obtenu mon premier emploi au Gouvernement du Québec, au ministère de l’Economie et de l’Exportation. J’ai été assigné à travailler sur une mission officielle en Chine du premier ministre québécois de l’époque, M. Jean Charest. J’ai rapidement eu la piqure pour les relations internationales et les affaires économiques qui régissent notre monde tellement interconnecté. C’est pourquoi en 2012 quand un poste de Directeur des services économiques au Bureau du Québec à Shanghai s’est ouvert, j’ai rapidement manifesté mon intérêt. J’ai occupé pendant 4 ans ce poste à titre de vice-consul au Consulat général du Canada à Shanghai.

Arrivée avec ma conjointe, notre petit garçon de 18 mois et notre chat, nous avons adopté cette ville remplie de petits secrets et de grandes découvertes. Nous sommes tombés en amour avec sa facilité d’y vivre et ses gens uniques. Après avoir compris le système de Ayi, Didi dache, Kuiadi, du commerce en ligne et des rouages du trafic effrénés de ses rues, nous avons rapidement adapté nos habitudes à cette nouvelle vie d’expats québécois en Chine.

Chine, Québec et francophonie

J’ai aussi contribué, à ma manière, à propager les vertus de la francophonie à Shanghai. Avec un petit groupe de québécois, nous avons mis en place un regroupement, Québécois.Shanghai, avec le mandat de rassembler, partager et informer notre communauté habitant à Shanghai. Le groupe se veut inclusif et apolitique ce qui en fait une super plateforme afin de découvrir des gens extraordinaires qui ont tous en commun le Québec et cette ville énergétique qu’est Shanghai. Nous accueillons donc tous les amis des québécois qu’ils soient Chinois, francophone ou non, que ce soit pour regarder une partie de hockey sur glace ou de célébrer la Fête nationale du Québec, tout en mangeant une poutine, et faire découvrir notre culture et notre joie de vivre.

Après avoir contribué à l’augmentation des échanges économiques et aux relations d’amitiés entre le Québec et Shanghai pendant 4 ans au Bureau du Québec, j’avais envie de pousser encore plus loin l’aventure chinoise. À la fin de mon affectation diplomatique, j’ai décidé d’opter pour une année de congé sans traitement afin de demeurer dans ce pays et de parfaire mes connaissances et habiletés dans le monde des affaires en Chine. J’occupe actuellement un poste de vice-président d’une société québécoise de services du nom de Saimen. Nous agissons comme un pont entre le Québec et la Chine dans les domaines de l’éducation, le divertissement, la technologie et l’investissement.

Aux côtés de Mathieu Cormier de gauche à droite, Michel Lafleur, sous-ministre adjoint du ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec et Jean-François Lépine directeur des représentations du Québec en Chine.

Les Chinois sont actuellement friands de divertissement sachant les épater, leur faire vivre des émotions fortes et découvrir le monde. Une de nos partenaires en Chine, Samajam, est le reflet parfait de cette nouvelle Chine. Samajam, une entreprise québécoise, réalise des spectacles musicaux pour enfants, 200% participatif. Les enfants sont amenés à faire littéralement le spectacle avec divers instruments de percussion et de musique. Les enfants et les parents chinois adorent ces sessions familiales ou l’on fusionne plaisir, apprentissage et découverte du monde. Avec déjà plus de 600 spectacles prévus pour 2017-2018 !

Il en va de même pour les camps de vacances québécois que nous promouvons en Chine, les camps Edphy. Avec plus de 50 ans d’histoire et la visite chaque année  de plus de 15 000 enfants étrangers, le camps linguistique et sportif québécois est un franc succès chez les jeunes Chinois. De nombreuses familles chinoises sont en quête de nature et veulent permettre à leur enfants de découvrir le canoé, de monter dans un arbre ou se perde en forêt. Les joies de la nature et les décors magnifiques du Québec n’ont jamais été aussi facile d’accès avec le nouveau vol direct quotidien entre Shanghai et Montréal.

Allô le Québec !

Le Québec est une terre accueillante et chaleureuse. Une province riche par son territoire et ses ressources naturelles, mais encore plus choyée par ses habitants, de toutes origines, source infinie de créativité et de joie de vivre. Le Québec c’est bien plus qu’un accent et quelques harpents de neige. Il faut vraiment découvrir ses grands espaces, ses forêts, la mer, sa nourriture, sa créativité, sa passion pour le hockey, mais surtout son ouverture vers l’autre, en fond un endroit unique ou la culture française, anglaise, américaine et internationale s’entrecroisent dans un décor de carte postale.

Je suis heureux de contribuer grâce à mon travail de faire découvrir le Québec aux Chinois. Que ce soit lors de mes années en tant que diplomate québécois, où aujourd’hui à travers ma nouvelle activité via l’éducation et la culture, je me trouve être privilégié d’habiter dans cette ville et d’avoir la chance de côtoyer des Québécois, Canadiens, francophones, étrangers et Chinois, qui ont tous une histoire, des origines et des personnalités remarquables. Tous ces gens font la richesse de Shanghai.

Donc, la prochaine fois que vous croiserez un Québécois en Chine, au lieu de lui parler de son accent charmant, demandez-lui si les Canadiens de Montréal ont gagné la coupe Stanley cette année, vous verrez comment nous sommes de fiers partisans du rêve et de l’espoir !

Gaoming à Denise, à Ti-d’œuf, à Bagueur à Michoune, à Nazaire. Et pour terminer avec l’accent acadien : «Mecsi ben, vous viendlez»

SOURCE: http://www.chinefrancophonie.net/interviews/un-qu-b-cois-d-origine-acadienne-en-chine

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